Aparté n°04 – Comment trouver son ton de voix ? 4 actions pour une communication qui te ressemble
Est-ce que tu as déjà relu un de tes contenus en te disant : « C’est bien écrit, mais je ne parle absolument pas comme ça » ? Tout est à sa place, les phrases sont correctes, le message est compréhensible… pourtant, tu ne te reconnais pas vraiment. Tu pourrais presque remplacer ton nom par celui d’une autre entreprise sans avoir grand-chose à modifier (c’est un peu embêtant quand même). Dans mes précédents apartés, j’ai beaucoup parlé de singularité, de créativité et de cette impression de lire toujours les mêmes contenus.
Cette fois, j’avais envie de passer à quelque chose de plus pratique : comment retrouver sa manière de s’exprimer lorsque l’on écrit pour son activité ?
On appelle souvent cela le « ton de voix », ou tone of voice si tu préfères la version marketing en anglais. Derrière cette expression, il y a des choix très concrets : les mots que tu emploies, la place que tu laisses à l’humour, la façon dont tu expliques une idée ou dont tu t’adresses aux personnes qui te lisent. Dans cet aparté, je te propose quatre actions pour commencer à identifier ces choix et les appliquer à tes contenus.
Prévois de quoi noter, un texte que tu aimerais retravailler et, pour le premier exercice, ton téléphone.
Le ton de voix, c’est quoi exactement ?
Le ton de voix correspond à la manière dont une personne ou une entreprise exprime ses messages. Il donne une personnalité à la communication, à travers le vocabulaire, le rythme des phrases, le niveau de langage et la relation proposée au lecteur.
Pour annoncer une nouvelle formation, tu pourrais écrire : « Nous avons le plaisir de vous annoncer le lancement de notre nouvelle offre de formation en rédaction de newsletter. » ou « Tu aimerais te former à la rédaction d’une newsletter, mais tu ne sais pas par où commencer ? J’ai préparé une formation pour t’aider à faire tes premiers pas. »
L’information principale reste proche, mais la relation change :
dans la première version, l’entreprise fait une annonce ;
dans la seconde, une personne s’adresse directement à quelqu’un qui rencontre une difficulté.
Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise formulation… >< tout dépend de ton activité, de ton public et de la manière dont tu souhaites entrer en relation avec lui. Le tutoiement, par exemple, n’est pas obligatoire pour créer de la proximité. On peut très bien vouvoyer ses lecteurs et leur parler avec chaleur.
Et tu peux avoir une communication singulière en étant précis·e et sobre, tu n’es pas obligé·e de faire des blagues à chaque paragraphe ou de raconter ta vie pour que l’on perçoive une personne derrière tes contenus (heureusement, d’ailleurs).
Fini la théorie pour aujourd’hui ;) passons aux actions !
Action n°1 : partir de ce que tu dis quand tu n’essaies pas de « bien écrire »
Lorsque je travaille sur des contenus pour mes clients, je peux m’appuyer sur leurs vidéos, leurs podcasts ou leurs vocaux. Ces supports contiennent des informations intéressantes : des exemples, des expressions, une manière d’expliquer qui leur appartient déjà.
Tu peux faire la même chose pour ta propre communication. Choisis une question que l’on te pose régulièrement sur ton activité. Quelque chose de précis, auquel tu pourrais répondre sans préparation.
Par quoi commencer quand on veut travailler avec toi ?
Pourquoi proposes-tu cette façon de faire ?
Quelle erreur conseillerais-tu d’éviter ?
Comment se déroule concrètement ton accompagnement ?
Lance l’enregistreur de ton téléphone et réponds pendant deux ou trois minutes. Imagine que tu t’adresses à une personne avec laquelle tu es à l’aise, qui connaît peu ton métier. Tu vas peut-être hésiter, te reprendre ou chercher un mot. Laisse faire. Personne ne te demande d’enregistrer un podcast prêt à diffuser ;) Réécoute ensuite ton vocal et retranscris les passages qui te semblent les plus intéressants.
Observe notamment :
les mots que tu utilises spontanément ;
les exemples qui te viennent ;
la manière dont tu simplifies une idée ;
les expressions que tu emploies pour rassurer, préciser ou nuancer.
Tu remarqueras peut-être que tu dis « on va regarder ça ensemble » alors que tu écris « une analyse approfondie sera réalisée ». Ou que tu utilises une image très simple à l’oral, puis que tu la remplaces par du vocabulaire technique dès que tu passes à l’écrit.
Ces écarts te donnent déjà des pistes.
L’idée est de récupérer ce qui rend ton explication vivante et compréhensible. Tu pourras retirer les répétitions et remettre un peu d’ordre dans les phrases. La spontanéité n’exclut pas une relecture.
Si tu n’es pas à l’aise avec le fait de t’écouter, tu peux toujours transmettre ton enregistrement à ChatGPT (ou l’IA que tu utilises) pour que l’outil te fasse son analyse ;)
À conserver après cette action : cinq formulations dans lesquelles tu te reconnais et que tu pourrais réutiliser dans tes contenus.
Action n°2 : choisir trois valeurs et regarder ce qu’ils changent dans tes phrases
Si je te demande de décrire ta communication idéale en trois mots, tu vas peut-être me répondre : « humaine, authentique et professionnelle ».
Je comprends très bien l’intention, mais devant une page blanche, ces trois mots risquent de te laisser un peu seul·e. Qu’est-ce que tu écris différemment parce que tu veux être « authentique » ?
Je te propose de choisir trois valeurs / traits que tu aimerais faire ressortir dans tes contenus. Tu peux partir de ta manière d’être, mais aussi de ce dont tes lecteurs ont besoin lorsqu’ils viennent vers toi.
Une personne qui découvre un sujet complexe aura peut-être besoin de clarté. Une autre appréciera un regard plus direct qui l’aide à prendre une décision.
Pour chacun de tes trois traits, complète cette phrase :
« Dans mes contenus, cela se voit lorsque je… »
Par exemple :
Pédagogue : « Dans mes contenus, cela se voit lorsque j’explique les termes techniques et je donne un exemple avant de passer à l’idée suivante. »
Chaleureux·se : « Dans mes contenus, cela se voit lorsque je m’adresse directement au lecteur et je prends en compte les difficultés qu’il peut rencontrer. »
Direct·e : « Dans mes contenus, cela se voit lorsque j’annonce rapidement mon idée et je formule clairement ce que je conseille. »
Ajoute ensuite une limite. Jusqu’où souhaites-tu aller ?
Tu peux aimer l’humour tout en préférant l’éviter sur un sujet délicat. Tu peux avoir des convictions fortes et laisser une place au désaccord. Tu peux vouloir simplifier un sujet tout en gardant les nuances nécessaires pour le comprendre.
Prenons le trait « rassurant ». Il pourrait se traduire par :
« Tu peux commencer avec un seul contenu et observer ce qu’il apporte avant d’en préparer d’autres. »
Cette phrase propose un premier pas accessible. Elle sera probablement plus utile qu’un « Ne t’inquiète pas, tout va bien se passer », surtout si tu n’en sais rien ><
À conserver : trois traits, chacun accompagné d’un choix d’écriture concret et d’une limite.
Action n°3 : créer un répertoire de mots et de formulations
Nous avons tous des mots « chouchous » que nous utilisons facilement et au contraire d’autres qui nous donnent l’impression d’enfiler un costume un peu trop grand.
Pour les repérer, rassemble quelques contenus : des mails, une présentation de ton activité, des publications, une newsletter, les phrases relevées dans ton vocal… Choisis notamment des textes dans lesquels tu te reconnais.
Crée ensuite deux colonnes :
« Les mots et les formulations que j’utilise volontiers » ;
« Ceux que je préfère éviter dans ma communication ».
Dans la première, tu peux noter des expressions courantes, des verbes, des façons d’interpeller ton lecteur ou de commencer une explication.
Dans la seconde, relève ce qui te paraît trop éloigné de ta manière de parler, trop vague ou trop difficile à comprendre pour ton public.
Par exemple, tu pourrais préférer :
« travailler ensemble » à « créer des synergies » ;
« ce que nous allons faire » à « le dispositif opérationnel » ;
« une méthode adaptée à ton quotidien » à « une solution innovante et personnalisée ».
Ces exemples sont à adapter, évidemment, notamment pour certains termes techniques qui sont utiles et précis dans leur contexte. Ce qui m’intéresse ici, c’est surtout de se demander pourquoi on les emploie et si les personnes auxquelles on s’adresse les comprennent.
Tu peux aussi ajouter quelques repères très simples : tutoiement ou vouvoiement, utilisation du « je » ou du « nous », place des parenthèses, des emojis, de l’écriture inclusive…
De mon côté, tu auras probablement remarqué que les parenthèses prennent régulièrement leurs aises dans mes textes. Elles me permettent d’ajouter une précision, une réserve ou une petite remarque au passage (comme ici, oui).
Ton répertoire va progressivement rendre visibles ces habitudes. Inutile de le remplir de cinquante expressions censées devenir ta signature. Quelques formulations te seront déjà utiles.
À conserver : une dizaine de mots ou d’expressions que tu aimes utiliser, quelques formulations à éviter et tes principaux choix de langage.
Action n°4 : réécrire un vrai contenu et le lire à voix haute
Tu as maintenant un peu de matière. Le plus intéressant est de voir ce qu’elle change dans un texte.
Reprends un contenu assez court : une présentation de ton activité, le début d’une newsletter ou un paragraphe de ton site. Choisis de préférence un passage que tu trouves trop impersonnel.
Avant de le modifier, note trois choses :
À qui s’adresse ce texte ?
Qu’est-ce que cette personne doit comprendre ?
Qu’aimerais-tu qu’elle puisse faire ensuite ?
Ces questions vont t’aider à garder le cap. Il serait dommage d’obtenir un texte plein de personnalité dans lequel on ne comprend plus ce que tu proposes.
Réécris ensuite ton passage en t’appuyant sur tes formulations spontanées, tes trois traits et ton répertoire.
Prenons le cas fictif d’une consultante en communication. Voici son texte de départ :
« J’accompagne les entreprises dans le déploiement d’une stratégie de communication pertinente et personnalisée afin d’optimiser leur visibilité. »
On comprend le domaine d’activité, mais on imagine difficilement ce qui va se passer en travaillant avec elle.
Si cette consultante souhaite une communication accessible, concrète et chaleureuse, elle pourrait écrire :
« Tu publies régulièrement, mais tu ne sais plus très bien ce que tes contenus apportent à ton activité ? On reprend ensemble tes objectifs, les questions de tes clients et ce que tu as déjà créé. À partir de là, je t’aide à choisir les sujets à traiter et à organiser ta communication. »
Cette version donne davantage de place à la situation du lecteur et à la façon de travailler. Elle conviendra si elle décrit réellement l’accompagnement proposé, bien sûr.
Lis maintenant ton propre texte à voix haute.
Est-ce que certains mots te font hésiter ? Est-ce que tu trouves une phrase trop solennelle ? Est-ce que tu as envie de reformuler spontanément un passage ? Note ce qui accroche et essaie ta nouvelle formulation.
Tu peux également le faire lire à quelqu’un qui connaît ta façon de travailler, en lui demandant : « Est-ce que tu me reconnais dans ce texte ? À quel endroit ? »
Cette deuxième question est utile. Un « oui, c’est bien » fait plaisir, mais ne t’aide pas beaucoup à comprendre ce qui fonctionne.
À conserver: ton texte avant/après et quelques notes sur les modifications qui le rendent plus juste.
Rassembler tes repères dans une « mini-charte de ton »
À ce stade, tu peux réunir tes réponses sur une page. Ce document te servira de point de départ lorsque tu prépareras un contenu ou que tu confieras sa rédaction à quelqu’un.
Tu peux reprendre cette trame :
Je m’adresse à : les personnes que je souhaite toucher et ce qu’elles connaissent déjà du sujet.
Mes trois traits de communication : avec leur traduction concrète dans l’écriture.
Mes choix de langage : tutoiement ou vouvoiement, niveau de vocabulaire, place de l’humour…
Les formulations dans lesquelles je me reconnais : quelques exemples.
Ce que je préfère éviter : les mots, les tournures ou les attitudes qui ne me correspondent pas.
Un exemple de texte : un passage qui représente bien ma manière de communiquer.
Garde ce document facile à consulter. Si tu dois relire quinze pages de consignes avant d’écrire un mail, tu risques de retrouver assez vite tes anciennes habitudes.
Tu peux aussi y préciser ce qui change selon les situations. Une newsletter peut laisser davantage de place aux digressions qu’un message envoyé à un client qui rencontre un problème. Ta façon de t’exprimer s’adapte naturellement à ce que la personne attend de toi à ce moment-là.
Et si tu utilises l’IA pour rédiger tes contenus ?
Ces actions peuvent t’aider à préparer des consignes plus précises pour un outil d’IA. « Écris avec un ton humain et authentique » laisse beaucoup de place à l’interprétation. Tes exemples et tes choix d’écriture donnent une direction plus claire.
Tu peux lui transmettre ta mini-charte, des extraits que tu as écrits et la matière du contenu à préparer : tes notes, tes observations, tes idées, tes exemples.
Mais prends le temps de relire ce qu’elle te propose. Est-ce que tu dirais vraiment cela ? Est-ce que le texte reflète ton point de vue ? Est-ce que les expériences évoquées sont bien les tiennes ?
Comme je l’expliquais dans mon aparté sur les changements de mon métier avec l’IA, je m’intéresse de plus en plus à ce qui précède la rédaction. Ton vocabulaire compte, mais ce que tu choisis de raconter contribue aussi à rendre ta communication reconnaissable.
Ces quatre actions te donnent de premiers repères. Tu pourras les faire évoluer à mesure que tu écriras, que ton activité changera ou que tu comprendras mieux les personnes auxquelles tu t’adresses.