Aparté n°05 – Comment réécrire un texte généré par l’IA pour qu’il te ressemble vraiment ?
Tu demandes à une IA de préparer une publication, une newsletter ou un texte pour ton site. Quelques secondes plus tard, tu as un contenu bien organisé, sans faute apparente, avec une introduction et même une petite conclusion. Pratique.
Puis tu le relis. Et tu retrouves cette impression : tout semble correct, mais en regardant de plus prêt, tu ne te reconnais pas vraiment. Certaines expressions te paraissent exagérées, d’autres ne veulent pas dire grand-chose. Tu comprends ce que le texte raconte, mais tu ne te vois absolument pas le dire à quelqu’un.
Alors tu demandes à l’outil de rendre le résultat « plus humain ». Il ajoute une question, deux expressions familières et éventuellement une petite blague (que tu n’aurais jamais faite, évidemment).
Dans l’aparté précédent, je te proposais quatre exercices pour trouver ton ton de voix. Cette fois, je te propose de l’appliquer à un cas concret : reprendre un brouillon généré par l’IA pour en faire un contenu que tu pourrais réellement signer.
Nous allons travailler sur un seul exemple, étape par étape. Tu peux suivre avec un texte que tu as sous la main.
Avant de réécrire : est-ce que tu es d’accord avec ce que le texte raconte ?
Avant de reprendre des textes générés par les outils d’IA, j’étais formatrice en rédaction web SEO depuis plusieurs années (j’y suis encore d’ailleurs). Quand je recevais un texte à corriger ou à relire, j’étais tentée de commencer par les détails. Je remplaçais un mot, je raccourciçais une phrase, je retirais une expression qui m’agace que j’avais trop vue (le « pas de panique », dans les introductions en rédaction web me donne encore des frissons !)… mais c’était une erreur.
Car avant de corriger la forme, je te conseille de regarder le fond.
Est-ce que ce texte exprime bien ton idée ? Est-ce qu’il répond à une question que tes lecteurs se posent ? Est-ce que les conseils proposés correspondent à ta manière de travailler ?
Un contenu peut être fluide et nous emmener vers un propos que nous n’avions pas du tout l’intention de tenir. C’est d’ailleurs quelque chose que j’évoquais dans mon aparté sur l’évolution de mon métier avec l’IA : lorsque je sollicite un outil trop tôt, sa proposition peut orienter ma réflexion avant que j’aie eu le temps de la construire.
Pour commencer, laisse donc ton brouillon de côté quelques minutes et complète cette phrase :
« Dans ce contenu, je veux aider… à comprendre / faire / choisir… »
Puis note l’idée principale que tu veux transmettre.
Tu auras ainsi un point de comparaison au moment de reprendre le texte. Et si le brouillon part complètement ailleurs, tu peux aussi décider de ne garder que deux phrases. Le temps passé à générer un contenu ne nous oblige pas à tout conserver ;)
Notre point de départ : un texte correct, mais assez interchangeable
Pour cet exercice, prenons un exemple fictif de brouillon que pourrait proposer une IA à une consultante en communication :
« Dans un monde où la communication digitale est devenue incontournable, il est essentiel de mettre en place une stratégie de contenu efficace. Grâce à un accompagnement personnalisé, je vous aide à révéler votre singularité et à maximiser votre impact. Ensemble, nous créons des contenus authentiques et engageants pour atteindre vos objectifs. Prêt à passer au niveau supérieur ? Contactez-moi dès aujourd’hui. »
Il n’est pas difficile de comprendre l’intention : cette personne propose un accompagnement pour améliorer la communication de ses clients. En revanche, nous ne savons pas vraiment à qui elle s’adresse, dans quelle situation elle intervient, ni ce qu’elle fait concrètement. Nous avons surtout une succession de promesses assez larges.
Ce type de formulation existait bien avant les IA génératives, d’ailleurs, ce qui nous intéresse ici, c’est de le rendre plus précis et plus personnel.
Pour poursuivre l’exercice, imaginons que notre consultante accompagne des indépendant·es qui publient régulièrement, mais manquent de direction. Son travail consiste à reprendre leurs objectifs, les questions de leurs clients et leurs contenus existants pour choisir les sujets à traiter.
Nous avons déjà davantage de matière.Exercice 2 : choisir trois valeurs et regarder ce qu’ils changent dans tes phrases
Si je te demande de décrire ta communication idéale en trois mots, tu vas peut-être me répondre : « humaine, authentique et professionnelle ».
Je comprends très bien l’intention, mais devant une page blanche, ces trois mots risquent de te laisser un peu seul·e. Qu’est-ce que tu écris différemment parce que tu veux être « authentique » ?
Pour cet exercice, choisis trois valeurs / traits que tu aimerais faire ressortir dans tes contenus. Tu peux partir de ta manière d’être, mais aussi de ce dont tes lecteurs ont besoin lorsqu’ils viennent vers toi.
Une personne qui découvre un sujet complexe aura peut-être besoin de clarté. Une autre appréciera un regard plus direct qui l’aide à prendre une décision.
Pour chacun de tes trois traits, complète cette phrase :
« Dans mes contenus, cela se voit lorsque je… »
Par exemple :
Pédagogue : « Dans mes contenus, cela se voit lorsque j’explique les termes techniques et je donne un exemple avant de passer à l’idée suivante. »
Chaleureux·se : « Dans mes contenus, cela se voit lorsque je m’adresse directement au lecteur et je prends en compte les difficultés qu’il peut rencontrer. »
Direct·e : « Dans mes contenus, cela se voit lorsque j’annonce rapidement mon idée et je formule clairement ce que je conseille. »
Ajoute ensuite une limite. Jusqu’où souhaites-tu aller ?
Tu peux aimer l’humour tout en préférant l’éviter sur un sujet délicat. Tu peux avoir des convictions fortes et laisser une place au désaccord. Tu peux vouloir simplifier un sujet tout en gardant les nuances nécessaires pour le comprendre.
Prenons le trait « rassurant ». Il pourrait se traduire par :
« Tu peux commencer avec un seul contenu et observer ce qu’il apporte avant d’en préparer d’autres. »
Cette phrase propose un premier pas accessible. Elle sera probablement plus utile qu’un « Ne t’inquiète pas, tout va bien se passer », surtout si tu n’en sais rien ><
À conserver après cet exercice : trois traits, chacun accompagné d’un choix d’écriture concret et d’une limite.
Étape 1 : repérer les passages qui pourraient appartenir à n’importe qui
Relis ton texte et surligne les phrases qu’une autre entreprise pourrait reprendre sans rien modifier.
Dans notre exemple, plusieurs expressions méritent que l’on s’y arrête :
« une stratégie de contenu efficace » ;
« un accompagnement personnalisé » ;
« révéler votre singularité » ;
« maximiser votre impact » ;
« des contenus authentiques et engageants ».
Ces formulations peuvent exprimer une intention sincère. Mais à ce stade, elles demandent au lecteur de nous croire sans lui montrer grand-chose.
Pour chacune, pose-toi une question très simple : qu’est-ce que cela signifie concrètement dans mon travail ?
Un accompagnement personnalisé, par exemple, peut vouloir dire que tu prends le temps de lire les contenus existants, que tu échanges avec la personne sur ses contraintes ou que tu adaptes les formats à ce qu’elle peut réellement produire.
Si c’est ce que tu fais, explique-le.
Tu peux aussi retirer l’introduction sur « le monde où la communication digitale est devenue incontournable ». Ton lecteur sait probablement déjà que la communication existe et qu’elle occupe une certaine place dans son quotidien (parfois même un peu trop).
Tu peux entrer directement dans ce qui le concerne.
À faire sur ton texte : repère trois formulations vagues et écris, à côté de chacune, ce qu’elles désignent dans la réalité. Si tu ne trouves pas, demande-toi si elles sont utiles.Exercice 4 : réécrire un vrai contenu et le lire à voix haute
Étape 2 : partir d’une situation que ton lecteur peut reconnaître
Nous allons maintenant reprendre le début du texte.
Notre consultante s’adresse à des indépendant·es qui communiquent déjà, mais qui ne savent plus très bien pourquoi ils publient tel ou tel contenu.
Nous pouvons donc remplacer l’introduction par :
« Tu publies régulièrement, mais tu choisis souvent tes sujets au dernier moment ? Tu as peut-être déjà beaucoup de contenus, sans savoir lesquels reprendre ni ce qu’ils apportent à ton activité. »
Cette entrée donne un contexte. La personne peut se reconnaître dans la situation et comprendre pourquoi la suite pourrait l’intéresser.
Pour trouver ton propre point de départ, tu peux revenir à des questions que l’on t’a réellement posées, à des difficultés évoquées lors d’un échange ou à une situation que tu connais bien.
Essaie de rester précis·e :
« Tu veux développer ton activité ? » concerne énormément de monde.
« Tu as plusieurs offres et tu ne sais jamais laquelle présenter dans ta newsletter ? » permet déjà de parler d’un problème plus identifiable.
Attention tout de même à ne pas attribuer à ton lecteur des émotions ou des difficultés dont tu ne sais rien. Il n’est pas nécessaire de le décrire comme épuisé, perdu et au bord de la catastrophe pour lui proposer de l’aide (ce n’est pas du tout le copywriting que je préconise !)
À faire sur ton texte : remplace ton introduction générale par une situation précise, en une ou deux phrases.
Étape 3 : ajouter ce que toi, tu peux réellement apporter
Dans le cas de notre consultante, « un accompagnement personnalisé », son lecteur ne sait pas encore ce que la consultante adapte à sa situation. Nous pouvons lui montres sur quoi elle s’appuie pour le conseiller : ses objectifs, ce qu’elle a déhç mis en place, le temps dont elle dispose, etc. Par exemple : « On commence par regarder tes objectifs, les questions que tes clients te posent et les contenus que tu as déjà créés. À partir de là, je t’aide à choisir les sujets à traiter et les formats que tu peux intégrer à ton quotidien. »
Le lecteur peut désormais se représenter une partie du travail.
Pour enrichir ton propre texte, tu peux ajouter :
une étape de ta méthode ;
un exemple concret ;
une observation issue de ton expérience ;
un choix que tu fais et les raisons de ce choix ;
une limite que tu préfères annoncer clairement.
Tu n’as pas besoin de tout réunir dans le même paragraphe, choisis ce qui aide le mieux à comprendre ton message.
Notre consultante pourrait, par exemple, préciser :
« Si un article répond déjà à une question importante de tes clients, nous regardons d’abord comment l’améliorer ou le réutiliser avant de prévoir de nouveaux contenus. »
Cette phrase montre une façon de travailler. Elle donne aussi une information utile à une personne qui craint de devoir produire toujours plus.
Bien sûr, il faut que cela corresponde à la prestation proposée. Même chose pour une anecdote, un témoignage ou un résultat : on utilise ce qui existe et ce que l’on peut vérifier. Si tu n’as pas d’exemple client à partager, tu peux construire une situation fictive en l’annonçant, comme nous le faisons ici.
À faire sur ton texte : ajoute au moins un élément que le brouillon ne pouvait pas connaître sans toi.
Étape 4 : retrouver tes mots et ta manière d’expliquer
Nous avons maintenant un message plus précis. Tu peux travailler la façon de le formuler.
Si tu as fait les exercices de l’aparté précédent Comment choisir son ton de voix reprends ta mini-charte de ton : les mots que tu utilises volontiers, tes choix de langage et les quelques traits que tu souhaites faire sentir dans ta communication.
Lis ton texte en te demandant : « Comment est-ce que j’expliquerais cela à quelqu’un en face de moi ? »
Tu peux remarquer que tu écris « procéder à une analyse » alors que tu dirais « regarder ensemble ». Ou, à l’inverse, que le texte proposé est beaucoup plus familier que toi.
Le ton doit rester cohérent avec ta façon de travailler et avec la situation. Tu peux conserver le vouvoiement, employer un vocabulaire précis et écrire avec sobriété. La proximité peut aussi venir de l’attention que tu portes au problème de ton lecteur.
Dans notre exemple, nous avons choisi le tutoiement et des formulations accessibles parce que cela correspond au profil imaginé pour la consultante.
Une autre personne pourrait écrire :
« Nous reprenons vos objectifs et vos contenus existants pour identifier les sujets les plus utiles à votre communication. Je vous aide ensuite à organiser leur production en fonction de vos ressources et de vos contraintes. »
Le ton est plus formel, mais on comprend toujours ce qui est proposé.
De mon côté, tu sais que j’aime laisser un peu de place aux parenthèses et aux remarques en passant. Mais si j’en ajoutais trois dans chaque paragraphe, tu finirais probablement par chercher où reprend la phrase principale ><
Les habitudes d’écriture servent le texte lorsqu’elles restent naturelles. Il n’est pas nécessaire de les multiplier pour prouver que l’on a une personnalité.
À faire sur ton texte : lis-le à voix haute et modifie les passages que tu n’arriverais pas à dire naturellement dans ce contexte.
Étape 5 : proposer une suite cohérente avec le contenu
Il nous reste la dernière phrase de notre brouillon :
Prêt à passer au niveau supérieur ? Contactez-moi dès aujourd’hui.
Que signifie « le niveau supérieur » ici ? Et pourquoi faudrait-il prendre contact aujourd’hui précisément ?
L’appel à l’action peut être beaucoup plus simple. Il sert à indiquer la prochaine étape et à aider la personne à comprendre ce qu’elle peut en attendre.
Pour notre consultante, nous pourrions écrire :
« Tu aimerais remettre un peu d’ordre dans ta communication ? Écris-moi en me présentant ton activité et ce qui te pose problème aujourd’hui. Nous pourrons voir si mon accompagnement correspond à ton besoin. »
Cette proposition reste à adapter à son fonctionnement réel, mais elle rend la démarche plus concrète.
Dans un article de blog, la prochaine étape pourrait être de réaliser un exercice, de consulter un autre article ou de découvrir une ressource. Tout dépend de ce que la personne vient chercher et de son niveau d’avancement.
C’est ce que je développais dans mon aparté sur l’inbound marketing : chaque contenu peut s’inscrire dans un parcours, avec une suite utile et compréhensible.
À faire sur ton texte : vérifie que ton invitation finale explique clairement ce que le lecteur peut faire ensuite.
Le texte après réécriture
En réunissant nos modifications, voici ce que donne notre exemple :
« Tu publies régulièrement, mais tu choisis souvent tes sujets au dernier moment ? Tu as peut-être déjà beaucoup de contenus, sans savoir lesquels reprendre ni ce qu’ils apportent à ton activité.
On commence par regarder tes objectifs, les questions que tes clients te posent et les contenus que tu as déjà créés. À partir de là, je t’aide à choisir les sujets à traiter et les formats que tu peux intégrer à ton quotidien.
Si un article répond déjà à une question importante de tes clients, nous regardons d’abord comment l’améliorer ou le réutiliser avant de prévoir de nouveaux contenus.
Tu aimerais remettre un peu d’ordre dans ta communication ? Écris-moi en me présentant ton activité et ce qui te pose problème aujourd’hui. Nous pourrons voir si mon accompagnement correspond à ton besoin. »
Le texte est un peu plus long, mais chaque passage apporte une information. On identifie la situation de départ, une façon de travailler et la suite proposée.
Il pourrait encore être amélioré avec les mots de la personne concernée, ses exemples et les détails de son offre. C’est justement cette matière qui permettrait d’aller plus loin dans la personnalisation.
Une dernière relecture avant de publier
Avant de considérer ton texte comme terminé, reprends-le avec ces quelques questions :
Le message : est-ce que le texte exprime bien ce que je voulais dire ?
La précision : est-ce que mes formulations permettent de comprendre concrètement ce que je propose ou ce que je conseille ?
La matière : ai-je apporté un exemple, une observation ou une explication qui vient de mon travail ?
Le ton : est-ce que je me reconnais dans les mots employés ?
Les faits : ai-je vérifié les informations, les chiffres, les citations et les promesses ?
La suite : est-ce que le lecteur sait ce qu’il peut faire après sa lecture ?
Si tu travailles sur un article complet, tu peux avancer paragraphe par paragraphe. Certains passages auront simplement besoin d’être raccourcis, d’autres demanderont de revenir à tes notes ou de préciser ta réflexion.
Et parfois, tu constateras qu’il est plus facile de repartir de ton idée et de rédiger directement. Cela arrive aussi. Un brouillon peut t’aider à démarrer, mais il peut également devenir encombrant lorsque tu passes ton temps à essayer de faire rentrer ton propos dans sa structure.
Préparer la matière pour avoir moins à réécrire la prochaine fois
Cet exercice permet aussi de repérer ce qui manquait dans ta demande initiale.
Si tu as dû préciser ton public, expliquer ta méthode, ajouter tes exemples et reprendre entièrement le vocabulaire, tu peux préparer ces éléments avant ta prochaine utilisation de l’IA.
Tu peux lui fournir l’objectif du contenu, la situation à laquelle tu souhaites répondre, tes notes, des extraits représentatifs de ton écriture et les points que tu veux absolument développer. Tu peux aussi lui demander de te poser des questions lorsqu’une information manque.
Je trouve utile de garder cette idée en tête : lorsque je passe beaucoup de temps à corriger un texte, le problème se situe parfois avant la rédaction. Je n’avais pas encore suffisamment précisé ce que je voulais raconter.
Pour essayer, reprends un seul paragraphe que tu trouves trop générique. Demande-toi ce qu’il lui manque : une situation, un détail, une explication, une manière de dire qui t’appartient ?
Commence par ajouter cela, puis relis. Tu verras déjà beaucoup mieux où tu veux l’emmener.