Aparté n°01- Pourquoi j’ai décidé de reprendre ma créativité au sérieux

Pendant longtemps, j’ai considéré la créativité comme quelque chose à côté de ma vie pro. J’ai toujours créé, écrit, imaginé. Quand j’y réfléchis un peu plus, ça fait même partie de mon métier : je travaille depuis des années dans la rédaction, la formation et la création de contenus. Pourtant, ce que j’entendais par créativité restait souvent reléguée derrière le travail, les impératifs du quotidien et tout ce qui semblait plus « utile ».

Après une longue réflexion de plusieurs mois (oui, oui c’était long), j’ai décidé de lui redonner une vraie place. Aujourd’hui, être créatif·ve me semble être plus indispensable que jamais. Car depuis l’arrivée des IA, il n’a jamais été aussi facile et rapide de produire du contenu. Beaucoup de contenus.

Vers une uniformisation des contenus web (on y est déjà en fait !)

J’ai eu un dégoût (le terme est fort, je sais, mais c’est pourtant le cas) des contenus web suite à la démocratisation de l’utilisation des intelligences artificielles. Ma consommation de contenus internet a drastiquement diminué ces dernières mois, car ils ne me nourrissent plus (pour la plupart… il reste tout de même d’excellents contenus hein !).

Mais quand j’y réfléchis un peu, j’observe une tendance à l’uniformisation depuis longtemps dans mon métier de rédactrice web.

Pendant des années, la logique du SEO (référencement naturel) a poussé de nombreuses entreprises à produire des contenus autour des mêmes mots-clés. La technique était simple, on analysait ce qui était déjà positionné dans Google, on regardait les sujets abordés par les concurrents et on construisait un contenu supposé faire mieux, mais qui contenait un champ sémantiquement similaire. Eh oui les outils SEO scrutaient les premiers résultats proposés par Google et établissaient une jolie liste de mots à reprendre… sous peine de ne pas être dans le top 3 ou 10 !

Résultat : sur certaines requêtes, dix entreprises pouvaient publier dix articles traitant quasiment des mêmes choses, dans le même ordre.

De mon côté, j’ai toujours préféré travailler autrement. Lorsque je rédige des contenus, je cherche ce que cette entreprise peut apporter à la question : son expertise, son expérience, les situations qu’elle rencontre réellement, les erreurs qu’elle voit régulièrement, ses exemples, son opinion. Mes clients me demandent de me baser sur leurs vidéos YouTube, sur leurs podcasts ou leurs vocaux. Même si je peux rédiger sur de nombreux sujets, je choisis systématiquement des thématiques sur lesquelles j’ai de l’expérience ou qui font parties de mes nombreuses passions et donc pour lesquelles j’ai des ressources (livres, magasines, etc.). C’est bien plus facile ! Je ne m’aventurerais pas, par exemple, sur l’écriture d’un blog traitant de l’histoire des reines de France… Pauvre lectorat >< 

L’arrivée de l’intelligence artificielle générative a simplement amplifié le phénomène.

Je l’utilise moi-même quotidiennement et je serais bien mal placée pour expliquer qu’il faudrait s’en passer. L’un de ses défauts, est qu’elle rend extrêmement facile la production de contenus « corrects ». Demandez à un outil de rédiger un article, une publication LinkedIn ou une newsletter sur un sujet donné et vous obtiendrez probablement un contenu propre et exploitable. Le problème apparaît lorsque des milliers de personnes utilisent les mêmes outils, avec les mêmes demandes et à partir des mêmes informations (c’est-à-dire celle que l’IA a déjà en mémoire).

Le résultat ? On se retrouve avec des posts ou des articles similaires. C’est exactement la même chose sur les réseaux sociaux avec les trends : un format fonctionne et, quelques jours plus tard, notre fil entier semble construit sur le même modèle. Même phénomène avec certaines images générées par IA, dont on finit presque par reconnaître l’esthétique avant même de savoir comment elles ont été créées.

Finalement, en tant que lecteur, nous nous lassons et ne remarquons même plus qui communique et pourquoi cette entreprise communique.

Cultiver sa singularité pour nourrir sa communication

C’est là que la créativité prend, selon moi, une autre dimension. Je vais t’avouer quelque chose, j’ai très longtemps pensé que la créativité se résumait à l’art. Que si je n’étais pas une artiste, je n’étais pas créative. Mais finalement je suis en train de découvrir que ce n’est pas le cas (ouf !). Désormais, j’entends la créativité comme de notre capacité à construire nos connexions. 

Ces connexions se font à partir de ce que nous avons vécu, ce que nous avons appris, les personnes que nous avons rencontrées, les livres que nous avons lus, les endroits que nous avons visités, les œuvres qui nous ont marqués, les métiers que nous avons exercés, ce que nous aimons, ce que nous détestons, les sujets qui nous passionnent, les expériences qui nous ont fait changer d’avis. 

Bref de tout ce qui nous nourrit au quotidien. 

Ainsi chacun d’entre nous est, par définition, singulier, tu en conviendras ! Mais notre façon de communiquer de l’est plu. Car plus les outils facilitent la production, plus on entre dans une sorte de paresse. Je me permets de le formuler des cette façon, car je suis passée par là ;) Je pense désormais que ce qui précède la production prend de la valeur : l’idée, le regard, l’expérience, le choix d’un angle, la connaissance de son public et le parti pris.

C’est surtout pour cette raison que je fais de plus en plus de place à une exploration créative et qu’elle dépasse progressivement le cadre du loisir. C’est en fait ce que j’ai trouvé comme remède…

Alors je n’ai pas de méthode toute faite à proposer pour « trouver sa singularité en cinq étapes ». Je constate simplement que depuis que je fais une place plus importe à la création, mes capacités de production de contenus se développent de nouveau. j’ai plus d’idées, la création devient plus fluide et même plus rapide qu’avec l’IA. Et surtout je reprends beaucoup plus de plaisir à créer derrière mes écrans… plaisir et sens qui avaient disparus avec l’arrivée des IA.

Humain·e parle à un·e humain·e : les bases de la communication

Cette uniformisation n’est d’ailleurs pas sans conséquence sur la perception des contenus. Un sondage mené en janvier 2026 par l’IAB et Sonata Insights montre que 39 % des membres de la Gen Z (16-27 ans) perçoivent négativement les publicités générées à l’aide de l’intelligence artificielle. Cette proportion atteint 30 % chez la Gen X et 20 % chez les Millennials.

Plus largement, 30 % des consommateurs interrogés, toutes générations confondues, déclarent qu’ils seraient moins enclins à acheter auprès d’une entreprise utilisant l’IA pour créer ses publicités. (source : https://digital.hec.ca/blog/ia-publicite-reactions-des-consommateurs/)

Perso, je n’ai pas envie de me passer des outils d’IA, ils me sont bien utiles au quotidien ! En revanche, je crois de moins en moins à une communication fondée uniquement sur des recettes, des tendances, des calendriers à remplir et une production toujours plus importante.

Si nous avons désormais des outils capables de produire en quelques secondes un contenu techniquement correct, notre valeur humaine doit se déplacer, vers ce que nous savons, vers ce que nous avons vécu, vers notre capacité à réfléchir, vers notre curiosité, vers nos partis pris, vers ce qui nourrit notre regard et nous permet de ne pas simplement répéter ce qui existe déjà.

C’est aussi pour cela que j’ai décidé de reprendre ma créativité au sérieux, pour continuer à avoir quelque chose de personnel à apporter à mes contenus.